J'écoute : Philippe Jaroussky dans "Opium"
Je regarde : mon écran d'ordinateur
Je lis : Le Monde
Je joue : sur mon piano numérique
Je mange : une figue juteuse
Je bois : un Label 5 avec plein de glace
Je cite : Alain
Je pense : à essayer de ne pas (trop) penser...
Je rêve : à l'Ami au loin... non loin du désert libyen...
(mis à jour vendredi 26 novembre 2010 à 20:56)

28/01/2012

28/01/12 - 11:28

SUSPENSE TORRRRRRRRIDE !

28/01/12 - 09:50

UN MAL QUI RÉPAND LA TERREUR…






À la fois honteuse et glorieuse, la sarkophobie est une tare tenace, une faille secrète, une maladie dégénérative dont je suis atteint depuis fort longtemps. Pour tenter d’expliquer mon mal – felix culpa disaient les Anciens –, avant même de décrire ses symptômes aussi peu ragoutants que les écrouelles du bon roi Louis, je tente d’abord une analogie qui pour moi est très parlante.

Étant un pédé fier de l’être et heureux, j’ai toujours du mal à comprendre et à admettre qu’un individu normal puisse se déclarer homophobe. Je ne parle évidemment pas de cette homophobie refoulée et intériorisée – sans doute la pire, la plus dévastatrice pour soi-même et autrui – mais de cette exécration bravache, sans nuances, tonitruante dont certains (rares) individus osent encore se targuer et se parer. Il y a, me semble-t-il, chez ces êtres grossiers et antédiluviens, une sorte de monstruosité et d’irrationalité fascinantes. Parfois, n’y tenant plus, ces meurtris de la normalité passent à l’acte et cassent du pédé tant leur haine viscérale se mêle en eux à une souffrance aussi insupportable que dévastatrice. Malgré tout, on peut comprendre un homophobe, tenter de lui expliquer ou de le raisonner ; mais l’homophobie, elle, reste en soi un mystère, un anachronisme, une aberration. La véritable dépravation. Et sans doute une perverse volupté.

Eh bien, je suis sarkophobe comme d’autres sont homophobes. Un sarkophobe non pas refoulé ni intériorisé, mais déclaré. Sauf que je ne suis pas encore passé à l’acte et que je tente de me soigner. Sarkophobe donc, bien avant la campagne électorale de 2007. Depuis longtemps. Depuis le Ministère de l’intérieur et même avant. Avant Neuilly. Depuis toujours, en fait, même si une allergie politique ne peut être génétique alors que le milieu (la droite) est dangereusement porteur. Avec la présidence qui s’achève, les choses pour moi se sont aggravées – pour les Français aussi je le crains. Et comme je ne suis pas tombé de la dernière pluie, je ne crois plus aux contes qui charmèrent mon enfance quand le vilain oisillon honni et vilipendé devenait un cygne immaculé.

Tout, dans ce personnage, absolument tout m’horripile, me dégoûte, me consterne. Ce mélange caricatural de Joe Dalton, d’Iznogoud et de Speedy Gonzalès – entre princesse de Clèves snobée et Paloma courtisé – tout m’est apparu d’emblée vicié à la base, trop typé, trop énorme, trop accablant pour un seul petit Nicolas qui a dû être au départ pas plus insupportable que n’importe quel autre môme, sans doute plus doué que la moyenne et plutôt attendrissant avec ses tics et ses mimiques. Mais comme beaucoup d’adultes, les choses ne se sont pas arrangées en grandissant, elles se sont même gâtées, surtout sous la loupe impitoyable des médias et au contact des nouveaux riches, des financiers véreux et des Grands de ce monde que d’aucuns disent fascinants et fréquentables.

Je suis donc devenu de plus en plus sarkophobe, presque à mon cœur défendant. C’est comme la Gay Pride, trop c’est trop et la répulsion larvée en est comme fouettée et débridée. Le poste de Président de la République occupé par Sarko 1er a eu pour moi cet effet catalyseur et dévastateur, même si j’essaie, je l’ai dit, de me soigner. Mais ça ne marche pas. Rien n’y fait. Le mépris et la haine me minent – le premier plus que l’autre. C’est réactif et instinctif. Bien sûr, je me dis qu’il doit exister un autre homme en privé, ami fidèle, père dévoué et gentil mari. Mais là encore, tout de suite, c’est l’autre qui revient au pas de charge et saccage mes bonnes résolutions, Sarko l’Arsouille, claudiquant et verbeux, fieffé menteur, boss brouillon et diviseur de Nation. Le seul fait d’imaginer – et cette fois c’est de moi dont j’ai honte, pas de lui – quelques coups de reins désordonnés sur le corps de la Belle… cette vision me renvoie derechef à ma vieille (hétéro)phobie, provoque un effroi, un recul, un spasme de dégoût qui incendie mes invectives les plus furibardes contre l’Amour éternel et la marâtre Nature ! Je suis décidément bien atteint.

Et voilà qu’aujourd’hui, la crise, pardon la Crise majuscule, au lieu de m’apaiser, de me rendre indulgent, d’adoucir à mes yeux la Bête politicienne, l’accable et l’impacte davantage, à mesure qu’elle devient plus impuissante et presque pathétique (on murmure même que dimanche soir le futur ex-souverain versera en mondovision quelques larmes de crocodile!). Eh bien moi, sans même voir le vrai-faux candidat, lorsque j’entends dans le poste sa voix demandant aux Français qu’il a davantage ridiculisés que déçus des efforts et des larmes, encore et toujours car l’heure est grave, se hissant sur ses talonnettes, secouant ses épaulettes, tellement à l’étroit dans la posture et le costume gaulliens qui accentuent chez l’imitateur d’opérette le grand écart et déjà la disgrâce… alors là, je n’en peux plus, je souffre, j’étouffe, je craque, je vais passer à l’acte… C’est excessif, je sais, irrationnel, puéril, injuste, raciste, sexiste, tout ce que l’on voudra ! « C’est ». Oui, une fois encore, j’avoue ici ma tendance honteuse : sarkophobe je suis, viscéral et primaire, et fier de l’être jusqu’à en être taré, obsédé jusqu’à tomber malade, déterminé jusqu’à devenir régicide si nul ne retient mon bras.

Et en même temps raisonnable, raisonnablement patient et charitable. Car mon seul remède, je l’ai bien compris, ne viendra plus désormais de mes bonnes résolutions chrétiennes, ni de ma volonté bandée par la méthode Coué, ni même de ma lucidité éveillée au contact des éditorialistes posés, des sondeurs confiants ou des politologues froidement objectifs. Non, ma guérison ne pourra venir que d’un transfert symbolique et d’un passage à l’acte sublimé. Tout comme un pédophile devient Pape et un J. Edgard pourfendeur de complots ! Dès lors, mon viatique, c’est mon pronostic : à la fin du printemps 2012, mon plus cher ennemi, ex-1er flic de France ou néolibéral mondialiste, peu importe le label, peu importent les manœuvres de la dernière chance, les promesses ou les volte-face, bref, le candidat de la Droite imbécile ne parviendra même pas au second tour des élections présidentielles en France. (Mais s’agit-il bien du même homme - cet Homme Rose tapi au fond de moi qui me ressemble comme un frère et que j’adore haïr ?)

Qu’importe, la survie avant tout. Tel est mon diagnostic. Telle est la voie de ma guérison. Tel est l’unique protocole envisageable. Mais au point où j’en suis, très affaibli et miné par le sarcome de Sarkozy, plus insidieux et plus redoutable que le chikungunya et le H5N1 réunis, je ne suis pas certain qu’il me reste assez de joie pour espérer et surtout la force de combattre avec les autres…

24/01/2012

24/01/12 - 11:52

DIVIN SPERME (2)




Lorsque j’ai écrit mon premier recueil érotique au printemps 2001 (dix ans déjà !), j’avais - j’ai toujours - un compte à régler avec le christianisme qui stigmatise le corps, le sexe, le plaisir. On connaît le mot fameux de Nietzsche : « Le christianisme a fait boire du poison à Eros : il n’en est pas mort, mais il est devenu vicieux. » (Par-delà le bien et le mal, §168). Est-il utile de préciser que les lignes (et l’illustration) qui vont suivre ne s’adressent à l’évidence qu’à des personnes adultes et libérées pouvant aborder la sexualité d’une manière frontale et décomplexée. C’est en tout cas la perspective de l’auteur plus que jamais ingénu et naturel, innocent et sincère, tout à fait sain à défaut d’être Saint au regard des religions castratrices !

Désormais libéré de tous ces verrous moralisateurs, j’ai dès lors voulu par mes écrits déjantés confesser et proclamer urbi et orbi : la sexualité entre mecs (en fait, ma vraie et seule sexualité, celle qui m’épanouit et me revitalise… comme on remet son portable en charge !), donc l’érotisme, qu’il soit hétéro ou homo ou indifférencié, c’est bon, drôle, jouissif, varié, irrésistible, inoffensif… et bon pour la santé autant que pour le moral. Une urgence sans raison, un délicieux orage épileptique et, quand afflue la tendresse, c’est encore mieux ! Pour moi, écrivain, la nouvelle érotique, ce n’est pas un genre littéraire mineur. Bien au contraire. Le texte doit être incisif, bien mené, avec peu de personnages mais crédibles psychologiquement et physiquement présents, avec une chute si possible inattendue : à la fin, les mots doivent gerber comme un geyser de plaisir et de bonne humeur ! Le challenge pour un texte (homo)sensuel, du moins tel que moi je le pratique et le justifie, c’est qu’il ne soit pas vulgaire ni obscène. À quoi bon décrire les anatomies, les volumes, les performances ! La langue française possède une musicalité, toute une panoplie de figures de style, une rythmique propre, des rimes riches et sonnantes… de quoi titiller la libido du lecteur. Je veux provoquer par les seuls mots un orgasme mental, une décharge de dopamine dans la tête… avec, si possible, vérification et célébration plus bas (!). Mais j’ai donné déjà un cours de littérature à ce sujet (voir mon blog du 17 décembre dernier).

En fait, c’est une de mes curiosités et ma seule gloire littéraire : mes deux premiers recueils, tous deux écrits dans la foulée et réédités la même année, ont été lus par plus de 3000 lecteurs. Combien ont bandé ? Ont ri ? Ont joui ? Moi, c’est ce qui m’arrive quand j’écris – ou relis – ce genre de texte. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. C’est ma nouvelle façon de « croire », je l’ai dit plus haut, croire à la vitalité et à la sacralité du corps. L’âme n’existe pas ou si peu… Seul le corps, les humeurs, les muscles, les odeurs, la peau. La peau c’est ce qu’on a de plus profond ! La peau aimante sur le parchemin de nos corps. Elle ne saurait mentir ! Ceci est mon corps… prenez et lisez. Prenez et bandez.

Toujours à propos de ma trilogie (Charme et splendeur, Communions privées, Les oraisons jaculatoires, désormais consultables en ligne et téléchargeables sur YouScribe), je me souviens m’être livré un jour à un plaisant décompte. Comme le caissier de l’Hyper qui, le soir, fait sa caisse et totalise la recette. Je ne résiste pas à l’envie de dresser ici mon bilan comptable, le but étant, bien entendu, d’abord de se relaxer et de se bidonner, à défaut de jouir tout court, ce que j’entends bien réserver et préparer pour la fin de cet article.

Un présupposé est indispensable, car c’est sur lui que repose la démonstration qui va suivre. Sais-tu, ami, (je m’adresse ici directement à mes lecteurs internautes mâles, les dames – elles m’excuseront – ne sont pas concernées même si elles peuvent elles aussi, et je les y encourage, accéder à leurs exquises jouissances solipsistes), donc, je reprends, sais-tu, ami branleur, que la moindre de tes mollesses – je parle ici d’une caresse pépère, sans fantasme excessif, le petit truc sympa en guise de somnifère, juste deux ou trois gouttelettes, pas le moindre geyser –, donc le plus humble de tes éjaculats, volontaire ou involontaire d’ailleurs, représente, le sais-tu, un potentiel énorme, un gaspillage éhonté, un génocide planétaire que Benedetto - avant lui, Santo Subito - condamnent avec la plus grande fermeté et pourfendent en leurs bulles, parlant doctement d’infâme habitude, d’excrétion illicite, d’humiliation de la Nature, d’universel péché et autres joyeusetés, bref, chacune de nos babouineries solitaires zigouille 300.000.000 spermatozoïdes (grosso modo la population de l’Europe de l’Ouest). Il y a de quoi s’émouvoir : vingt émissions, c’est la population du globe ! Eh bien moi, je prétends pour une fois célébrer la Nature, amplifier sa prodigalité, la magnifier glorieusement par ma modeste prose.

J’empoigne maintenant… ma calculette (ouf ! on a eu chaud) : supposons que chaque opus bellinesque, je suppute carrément - Dieu me turlute ! - supposons donc que chaque recueil provoque deux oraisons jaculatoires. C’est un seuil, disons une moyenne : une seule, c’est mesquin ; trois, un peu trop optimiste. Deux par opus, c’est raisonnable, on est dans la fourchette. Évidemment, je ne prétends pas que chacun de mes lecteurs dégorge illico presto sur la page ou sur l’écran, ce serait me faire trop d’honneur et saloper l’ouvrage. Non, mais c’est incontestable, on me l’a dit, on l’a même imprimé («La virtuosité du style confine à l’orgasme », merci, Benoît de Montréal, ta phrase est décisive et je baise mes mots), je titille donc par-ci, j’émoustille par-là, bref j’amorce la pompe. Ensuite, que le lecteur rétrograde ou accélère, ce n’est plus mon affaire. Ceci dit, je sais aussi que certains individus ne se touchent à peu près jamais. Ces anorexiques sexuels sont hors je, d’ailleurs ils ont depuis longtemps abandonné mon blog pour retourner à leur Bible ou à Schopenhauer. Revenons quant à nous à ma démonstration. Tu vois où je veux en venir, ami lecteur ? Donnes-tu ta langue au chat ? Oui, oui, minou, minou, tends-moi ta langue rose, entremêlons ces deux lianes agiles dans nos bouches torrides… Non ! Il n’en est pas question. Foin d’addiction, je veux rester concentré sur ma seule addition.

À ce jour donc, si les statistiques de mon premier éditeur (H&O) sont exactes - en tenant compte néanmoins de la baisse du CAC 40 -, j’ai déjà séduit avec ma prose déjantée plusieurs milliers de lecteurs. Va pour trois mille. Le compte est bon. Ce qui va nous faire… Chaque giclée contient 2 à 6 millilitres de liquide séminal. À raison de 300 millions de spermatozoïdes par décharge… cela va donc nous faire 600.000.000 de bébêtes vibrionnantes par bouquin, soit 1800 milliards de spermatozoïdes épars dans la francophonie. Tu ne rêves pas : mille huit cent milliards de bébêtes à flagelles, d’Est en Ouest, en passant de la Suisse à la Belgique, de la France au Canada (et aussi au Benelux où j’ai trois fans). Phénoménal, non ? Et ce n’est pas tout. Si je refais mes calculs… Un et un, deux ; deux et deux, quatre ; quatre et quatre, huit. Reprenez, dit le maître. Cela nous fera donc en tout 18 000 ml soit 18 litres. Imagine : 18 litres de sucre de canne sur la table de la cuisine ! Dix huit litres ! Quelle récolte épatante, encore plus miraculeuse que la multiplication des sandwichs évangéliques ! Quelle hécatombe ! Quelle débauche de plaisir !

Poussons encore plus loin le raisonnement qui va prendre des allures litaniques voire titaniques. On était dans le quantitatif, si on passe à présent au qualitatif, le vertige s’accroît car les chiffres ne débandent pas, l’émission, elle, n’est jamais épuisée : à 27 secondes le spasme jouissif (moyenne habituelle. Cf. M. Murphy (1993) « The neuroanatomy and neurophysiology of erection » 29-48, Ed Livingstone, Londres), cela donne pour l’ensemble du lectorat francophone 162.000 secondes, soit 2700 minutes, Dieu me crapahute, soit 45 heures, soit près de deux jours de vertige planétaire non-stop ! Ma prose déjantée a ainsi charitablement aidé 3000 bibliophiles à bramer leur hymne voluptueuse pendant près de cinquante heures d’affilée. C’est bien plus fort que le Dalaï Lama et ses moulins à prière. À ce régime, même si l’exercice répété rend sourd - dixit ce con de docteur Tissot, inventeur de la masturbation moderne, mis en scène plusieurs fois par Molière sous le nom de Trissotin -, Dieu, lui, ne devrait plus l’être (sourd). Attentif au contraire et compatissant. Une si longue supplique ! De quoi avoir le tournis, non ? Un seul derviche extatique, vibrante et bandante toupie tournoyant pendant près de deux jours d’affilée en giclant alentour près de vingt-mille millilitres d’adoration fervente ! En tout cas, je l’avoue, bien plus que le Goncourt ou le Femina (pour ce prix, c’est râpé !), telle est mon ambition, tel mon apostolat : secouer la planète de spasmes de gâchis, n’en déplaise au Souverain Poncif et à ses commandos anti-IVG.

Oui, j’en rêve, j’attends ce jour qui sera pour moi forcément le plus long, le couronnement de toute ma carrière littéraire interplanétaire : pouvoir entrer de mon vivant dans le Livre des Records. Non pas à la rubrique de la plus courte tige (j’aurais pourtant quelque chance à la suite de Montaigne), mais dans celle du plus grand gaspilleur spermatique. Mais attention, nuance ! Je ne suis pas un trucideur violent. Rien à voir avec les grands bouchers professionnels, de Napoléon à Adolf en passant par Pol Pot. Je ne verse pas le sang, je ne cuis pas les os, je ne suis qu’un gentil élagueur. Disciple de Malthus, je zigouille le peuple lilliputien du Royaume des Couilles sans viol ni contrainte, juste par et pour le plaisir. Oui, j’y reviens, je n’ambitionne que de rester un paisible obsédé textuel, un modeste artisan sans dumping ni matraquage, un bricoleur du dimanche opérant par seule succion verbale et suggestion mentale et toujours avec l’accord de mes victimes consentantes. Selon l’adage célèbre: il n’y a pas de mal à se faire du bien. Voilà qui est dit et je me sens vraiment mieux, pas gonflé d’importance mais béat et baba, heureux d’être, à ma petite échelle, scribe régulateur de notre planète surpeuplée - guerrière de surcroît – et prolixe bienfaiteur de l’Humanité menacée par la surpopulation collective autant que la dépression individuelle.

Ouf ! Fin de ma démonstration néolittéraire. Je n’en tire aucune gloriole, ami lecteur, tu peux m’en croire, seulement un peu d’autosatisfaction ingénue et beaucoup de bonté pour ce pauvre genre humain que je voudrais tellement consoler et inonder de mon empathie dégoulinante. Mais les bons sentiments ne suffisent pas, les mots non plus ; seul pour finir, en guise de point d’orgue et d’apothéose, un fervent passage à l’acte, fraternel et convivial ; seul à présent mon « instant délicieux » pour célébrer la Vie et inviter chacune et chacun à devenir soi-même, à se libérer des interdits et des fondamentalismes, à en finir une fois pour toutes avec le christianisme et son ressentiment maladif contre le corps désinhibé et une (homo)sexualité épanouie. La morale rabat-joie, basta ! L’obsession procréative, chanson ! L’altruisme à tout va, une autre fois ! Exaltons plutôt le seul corps jubilant et le phallus jouissant. En tout bien tout honneur et honni soit qui mâle y pense.

En conclusion, mon oraison jaculatoire de ce 25 janvier 2012, jour anniversaire de la conversion (maudite) de Paul de Tarse, je la dédie - avec ci-dessous la sainte icône afférente et son support fantasmatique - non pas à mes maîtres : Nietzsche le Libérateur, le génial Jean-Didier Vincent et son éblouissante théorie chimique des émotions, le cher Michel Onfray et sa construction d’une érotique solaire, l’incontournable Philippe Brenot qui a pour toujours déculpabilisé mes pratiques solitaires (Éloge de la masturbation, Zulma, 2002), non pas à eux, ces phares de l’Humanité émancipée, ni même à Ieschoua, l’Amour fait Homme, mais simplement au jeune et musculeux Antinoüs – retour à l’Antiquité innocente –, le bel éphèbe de Bithynium-Claudiopolis (actuelle Bolu) mort noyé à 20 ans et divinisé par l’empereur Hadrien. Toujours représenté mélancolique et les yeux baissés, qu’il daigne agréer mon offrande :

Sur sa face marmoréenne autant que virtuelle, plus juvénile qu’auguste, en hommage à la Beauté divinisée et à l’homéostasie humaine qui, par ses sécrétions intimes, engendre et régule à chaque instant de nos vies la liberté mentale autant que le progrès biologique et la passion amoureuse, en signe de reconnaissance et en guise de libation rituelle, quasiment en live, dans un spasme béat autant que revitalisant, d’une façon plus délicate et plus lyrique que la misérable « purée » de mon site porno préféré, avec au contraire beaucoup de respect et de ferveur, sur l’icône d’Antinoüs j’épands ici de bon matin ma tiède et suave onction baptismale :


Bâton de Moïse
Arc d’Ulysse
Javelot d’Absalon
Échelle de Jacob
Pieu du mont Golgotha
Portique du Paradis
Arbre de vie
Phallus Pantocrator
Très douce et sainte Verge

SALVE !

24/01/12 - 11:47

DIVIN SPERME (1)




Sang, eau, larmes, salive, sueur, bile, urine… et d’autres humeurs hormonales autrement subtiles telles l’ocytocine , le glucagon, l’angiotensine, la lulibérine, bref, les diverses sécrétions qui irriguent et revitalisent le corps humain sont aussi variées que remarquables. C’est, ne l’oublions pas, de tous ces liquides en interaction permanente que naissent et s’équilibrent les phénomènes vitaux. Même si nous sommes loin des analyses d’Hippocrate (460-377 av. J.-C.) – puisque nous passons de plus en plus de l’homme humoral à l’homme neuronal – nous ne pouvons qu’être frappés et émerveillés par ce concept d’homéostasie interne qui, depuis l’apparition de l’eau saumâtre originelle, favorise la constance du milieu intérieur par un juste et subtil équilibre des sécrétions et de leur régulation. Mon lecteur le moins averti mais heureusement en bonne santé aura d’emblée compris que, tout étant pour le mieux dans le meilleur des organismes possibles, stabilité et adaptabilité sont les deux mamelles de cet ordre homéostatique : le milieu intérieur et ses fluides garant de la liberté et du progrès biologique. Quelle inventivité en effet ! Que de prodiges chimiques ! Quelle vitalité surabondante qui, comme par magie, se renouvelle sans cesse dans notre organisme, allant parfois jusqu’au gaspillage. On est ici au cœur d’un miracle permanent et d’un troublant mystère : la biologie des passions – entre autres sexuelles. Ni âme ni conscience, seule la chimie interne. Car la Nature – que j’insulte parfois – est souvent bonne mère autant que merveilleux Génie et elle n’a de cesse de prendre soin de ses enfants, surtout quand ils ont la chance d’être en bonne santé et de bonne humeur, ce qui est souvent mon cas. Aujourd’hui, évidemment sans fausse pudeur, je m’intéresse à l’une de ces humeurs qui, pour moi, homme (vir, viri, en latin. Désolé, mesdames !) est proprement aussi subtile que divine, mystérieuse et ensorceleuse : le SPERME.

Quelle générosité qui jamais ne se dément ! Quelle richesse dans sa composition ! Ce liquide contient en effet de nombreux éléments nourriciers pour le spermatozoïde : vitamines C et B12, sels minéraux comme le calcium, le magnésium, le phosphore, le potassium et le zinc, des sucres (fructose et sorbitol) sans parler de la testostérone. Miam ! Et quel délicieux parfum de chèvrefeuille qui constitue sa touche poétique ! C’est vraiment un pur nectar. Parfois, comme hier dans mon blog consacré aux courses du samedi, je me lance pour plaisanter une sorte de défi en forme de jeu. J’imagine qu’un Génie bienfaisant ou facétieux me propose ce marchandage : Bellinus, si, d’un coup de baguette magique, je te rends tes 32 dents mais, en échange, je t’assèche définitivement les burnes, que choisis-tu ? Eh bien, je n’hésite pas un seul instant. Car le sperme – mon sperme – c’est ma vitalité, ma fierté, mon plaisir, mon honneur, ma plus jouissive facétie et l’emblème de ma glorieuse virilité et de ma provocante liberté !

Je ne dirai rien par contre de ses propriétés procréatives, avec 3 enfants j’ai déjà donné, ce fut et c’est bel et bon. Il faut pourtant revenir au sujet tant il obsède certains. L’Eglise catholique par exemple qui, obsessionnellement, névrotiquement, ne pense qu’à peupler la planète. Destiné, selon elle, uniquement à la reproduction humaine, le sperme en d’autres circonstances, en toutes les autres circonstances, ne peut être que vicieux, dégoutant et peccamineux. Le pauvre Onan en sait quelque chose ! La morale sexuelle catholique, parlons-en ! Quelle piètre éthique ! Quel matérialisme de bas étage ! Quel abus de pouvoir par l’abdication du savoir ! Et dire que tous ces dogmes passéistes sont édictés par des vieillards en jupes qui ne connaissent rien d’autre que le cancer de leurs prostates, leurs attouchements furtifs et les vertiges ou la sublimation de leur pédophilie larvée ! Passons.

Sait-on que la morale catholique antédiluvienne, sous l’impulsion de l’infâme Dr Tissot, a produit pas moins de 800 synonymes pour stigmatiser le gaspillage de la semence masculine par self-service, puis-je dire, depuis l’aberration morale, l’abominable infamie, l’ abomination, l’abstinence fallacieuse, l’abus de soi… jusqu’au viol de la nature, à la volupté coupable, la volupté criminelle, la volupté obscène, la volupté solitaire ; en passant par « le dangereux supplément » de Jean-Jacques Rousseau, « le besoin primitif » de Freud mais aussi « l’acte démoniaque pur » de Jean-Paul Sartre ! Crime de lèse-majesté ! Heureusement qu’un philosophe sauve du naufrage et du ridicule ce glossaire masturbatoire en parlant simplement de « la chose douce » et de «l’instant délicieux ». Cher Diderot ! Il n’empêche, près de 800 mots pour diaboliser l’ingénue branlette !

Retour au bon sens et à la primitive innocence. Si le sperme est la semence par excellence, car elle contient la vie, sa production (instinctive et plus encore volontaire) est un acte de pure liberté, d’une volupté extrême, une joyeuse célébration de soi-même, une rencontre quasiment unique et mystique : la communion avec nos forces vitales, avec le corps bienfaisant, avec le narcissique autant qu’unique et indissoluble ego. En ce qui me concerne, il n’en a pas toujours été ainsi, même si je me suis bien rattrapé par la suite ! Décidément retardataire, je devais avoir 15 ou 16 ans, quand je me suis masturbé clandestinement pour la toute première fois (c’était en juillet à l’heure de la sieste, dans un grenier surchauffé au moment où mes parents aménageaient deux chambres à l’étage). Avant même d’être parvenu au début de l’éjaculation, juste au moment des délicieux prémisses qui ne font que mouiller l’orifice, dès le tout premier spasme, je fis marche arrière toute, recalottai prestement l’objet de tous les interdits, tellement affolé, angoissé, déjà bourrelé de remords car en flagrant délit de Péché Mortel, bref, sans conclure, je me rebraguettai prestement, je courus… jusqu’à chez mon confesseur (le bel abbé blond qui fascinait maman) pour lui avouer, entre deux sanglots et trois non-dits, l’odieux forfait. Je n’invente pas, c’est exactement ainsi que les choses se passèrent. Je ne me rappelle rien de la suite, sans doute l’apaisement psychique dû à l’hypocrite absolution. Et il me fallut, comble de l’infantilisme religieux qui alors me minait, attendre encore une bonne dizaine d’années, tout jeune vicaire et fringant rebelle, pour découvrir et célébrer enfin dans la plus totale ingénuité et action de grâces l’acte solitaire, glorieux et innocent qui, n’en déplaise à ses contempteurs frileux, ne rend ni addict et encore moins sourd.

Décidément, les religions, quelles qu’elles soient, ne nous épargneront aucune connerie, aucune humiliation, aucun esclavage. (J’écoutais hier matin sur France-Inter une émission consacrée aux Juifs ultra-orthodoxes, ces sinistres hommes en redingote noire qui méprisent les femmes et veulent les parquer à l’arrière des bus, les mâles s’arrogeant les premières places !) Non, nous ne sommes pas à l’époque de Jésus et des Pharisiens qui lapidaient les femmes adultères, mais bien en Israël, à Jérusalem, en janvier 2012.) Evidemment, ce n’était qu’une parenthèse. Rien à voir avec mon apologie de la masturbation. Quoique… Je ne suis pas sûr que ces Juifs fondamentalistes s’autorisent des caresses intimes sous le regard pénétrant et jaloux de Yahvé Sabaoth !

Retour à mon roman personnel. En devenant écrivain, surtout dans le cadre de mes nouvelles érotiques, j’ai consacré beaucoup de pages à l’autoérotisme, à l’érotisme à plusieurs aussi ! C’est devenu une sorte d’apostolat, une revanche. Et aussi mes lettres de noblesse même si je ne souhaite pas que ma production littéraire se réduise à ces charmantes badineries. Je raconterai tout cela demain dans un second épisode évidemment « honteux » et avec force détails : le destin du sperme dans mon Livre des Records personnel, avec, si je suis en forme, un petit exercice pratique et j’espère orgasmique !

(À suivre)


J’accompagne la 1ère partie de mon article d’une photographie : la statue fétiche qui orne la couverture d’un de mes livres, le fameux et si suggestif Faune Barberini (Glyptothèque de Munich).

02/12/2011

02/12/11 - 18:59

30 POÈMES HOMOSENSUELS




De la poésie, encore de la poésie, toujours de la poésie… Depuis 15 jours, je n’arrête pas, je n’en dors plus. Il faut dire que je suis en train de nouer mon premier recueil de poèmes homosensuels, comme on compose un bouquet d’asphodèles… rempli de mygales cruelles ! Quand donc ce jardin secret pourra-t-il révéler ses timides beautés en écartant les sombres dangers ? À moins qu’il ne meure prématurément d’une fièvre automnale… En tout cas, s’il n’est pas effarouché, le lecteur-internaute peut d’ores et déjà consulter en ligne mon « Délices & Infamie » sur la plateforme littéraire YouScribe [Chercher dans Littérature, puis Poésie, puis Récentes… De larges extraits et une ravissante illustration de Cocteau tirée de son « Livre blanc »]. Et je précise que le Poète réalise à la demande une élégante VERSION PAPIER de son recueil, pour le moment inédit et hors-commerce. Un livret de 74 pages au format A5 (14cm X 21cm) réalisé à l’unité et imprimé artisanalement sur vergé 100g ivoire, reliure thermocollée, reproduction du dessin de Cocteau (évidement de la couverture à l’emporte-pièce). Chaque opus est personnalisé par l’impression en toutes lettres du nom du dédicataire (sauf avis contraire !). Délai de livraison : 1 mois environ (pour Noël, ça va être juste !). Pour en savoir plus - éventuellement passer commande – utiliser mon lien sur notre formidable site ! UNE IDÉE DE CADEAU ORIGINAL ET RAFFINÉ !

En tout cas, ne pas hésiter à laisser un commentaire sur YouScribe : j'aime... j'aime pas... j'abhorre... j'adore ! Merci, ça aide les auteurs à rester humbles et surtout à faire des progrès. Puisque telle est ma devise : non pas "littérature", mais "lis tes ratures !"


02/12/11 - 18:46

CELUI QU’ON APPELLE FAUNE



Depuis toujours, cette statue antique – dit Faune de Barberini (libidineux cardinal ?) – me fascine et me trouble. Elle est UNIQUE dans toute l’histoire de l’art gréco-romain. La force érotique qui se dégage de ce corps pâmé au sexe exubérant est prodigieuse, non ? Dans son remarquable ouvrage « Le banquet des anges » (Plon), Dominique Fernandez précise : « Tout, dans la statue de Munich, indique une vie charnelle intense : les jambes très écartées, le modelé impudique des cuisses et du ventre, le mouvement de la tête rejetée en arrière, la bouche aux lèvres épaisses, les paupières lourdement abaissées (…) Il ne s’agit pas d’un dieu mais d’un homme, et celui qui a servi de modèle pourrait bien avoir été choisi parmi les débardeurs du Pirée. »

18/11/2011

18/11/11 - 21:25

POÈME HOMOSENSUEL



Grippe, solitude, éternuements, langueur, frissons … Je me soigne au Paracétamol et à la poésithérapie. Quelle est la meilleure pharmacopée ? La plus efficace des deux ? La plus émolliente ? En fait, si passionné de mots pour apaiser mes maux, je ne veux plus guérir ! Ce soir, délirant deux heures durant sur mon clavier, songeant aux jours anciens, sans même me soucier de trouver des rimes, juste des alexandrins, j’ai revécu cette aube d’été. Et ma fièvre est tombée…

AUBE D’ÉTÉ

Au clocher villageois s’égrène un jour nouveau.
Notre chambre est encore enveloppée de nuit,
Assoupie. Seul un lambeau de blancheur discrète
Filtre entre les volets et la fenêtre ouverte.

Tu es là, près de moi, étendu sur le drap :
Sexe bénin, joues rosées, tu dors comme un ange !
Rien ne couvre ton corps où mon regard s’arrime.
Innocente langueur des joutes apaisées.

Tu fus pourtant si vaillant, si obscène !
C’était la nuit passée ; nouveau jour à présent.
Tu souris, tu t’étires : épanouissement
Splendide et généreux d’une chair qui s’éveille !

Tu tournes ton visage ébouriffé de rêves
Vers le tendre baiser que je donne à tes lèvres.
Mais tes yeux restent clos, tournés vers l’intérieur :
Ne rien rendre à la nuit des fantasmes heureux.

J’ai caressé ton flanc ; tu as sur ma poitrine
Dénoué tes cheveux qui guettent le soleil.
Tu gémis un sourire puis reviens à tes songes
Et j’ai moulé mon corps au vallon de tes reins.

Chut ! Je sens sous mon poing s’ériger ton désir,
Je caresse rêveur ta toison embuée
Des anciennes sueurs de notre volupté.
Nos moitiés se renouent dans un profond soupir.

Et nous restons ainsi très longtemps emmêlés,
Soudés, sanctifiés par le Saint Sacrement
De nos chairs apaisées, béats, tout étonnés
De renaître au bonjour d’une si tendre aurore.

M.B., 18 novembre 2011.

11/11/2011

11/11/11 - 15:38

ZOLTAN POLLOCK (suite)


Que ce soit en musique, en gastronomie, en littérature ou dans l’art, presque toujours se vérifie cette phrase de Delacroix : « L’exécution doit toujours tenir de l’improvisation. » (27 janvier 1847). Démonstration avec ma découverte de la dernière FIAC au Grand-Palais : Zoltan Lubrick.



Je suis un grand amateur de peinture. Je collectionne les galeries d’art. Les Lelong, Kamel Mennour, Vidal-Saint Phalle, Runemberg et compagnie. J’y suis comme chez moi, y déambule souvent. Pas un sou en poche, mais les mirettes débordant de curiosité et d’imagination esthétiques.

Au moment des fêtes de fin d’année, j’avais repéré, tout près du Palais-Royal, dans la vitrine d’une élégante galerie, deux œuvres magnifiques. En fait, les toiles étaient peu mises en valeur car elles étaient si démesurées (près de 2 m2) qu’elles se chevauchaient malencontreusement. J’ignore ce qui me fascinait : c’était non figuratif et très coloré, le premier tableau dans une dominante de rouge, l’autre dans des tons de bleu très crus. Une sorte de rage se dégageait comme si de violents coups de couteau ou plutôt de rouleau à peindre s’étaient acharnés sur la toile. Des fulgurances et des éclairs chromatiques. Pas de titre, juste ces mentions « Solo3 » et « Solo5 ». Poussant la porte de la galerie, je décidai d’en avoir le cœur net.

Un sosie du Professeur Tournesol s’approche avec une précaution obséquieuse. « Vous désirez, jeune homme ? – « Euh, j’ai repéré les grands tableaux… c’est très fort… de qui s’agit-il ? – « Ah ! Mon cher ami, comment pouvez-vous l’ignorer ? C’est notre petit génie. Notre géant devrais-je dire. Un slovaque au talent scandaleux. Zoltan Lubrick, vous connaissez ? » Mon silence est un aveu d’ignorance. Et pourtant Zoltan, Zoltan… ce prénom me dit quelque chose. Me revient soudain en mémoire une de mes vidéos préférées consacrées aux minets de l’Est. Rien à voir évidemment. Il n’empêche…

Soudain la mémoire me revient !


SUITE DE MA NOUVELLE ÉROTIQUE SUR MON SITE LITTÉRAIRE (Journal)

05/11/2011

05/11/11 - 10:17

NOIR DÉSIR



Non pas l’ancien groupe de rock français, mais un aveu (romanesque s’entend !) tiré d’un manuscrit sulfureux… à ne pas mettre sous tous les yeux.

"Un de mes meilleurs potes, pas mon Pote – je veux dire, l’homme (du reste) de ma vie – non, mais un super-copain, un vrai frangin. Bref, il s’appelle Barnard. Musicien, comédien, charmeur, subtil, gentil, la voix douce et le teint sombre. Encore ! Oui, c’est mon idée fixe, il est Nescoré bon teint, plutôt café au lait. Bref, la perle des Antilles. Toutes les qualités, un seul défaut : il est hétéro, banalement hétéronormé.

Grand coureur de jupons, il les collectionne tous, il n’en conserve aucun et toutes les donzelles s’échappent de ses pièges (c’est peut être la faille ?). Il me connaît par cœur, il devine mon fantasme, il en joue, me taquine, me frôle de sa dégaine pour moi inaccessible. Eh bien, depuis 10 ans qu’on se connaît, depuis nos stages de relaxation où ses mains me pétrirent, rien ne s’est passé, jamais, ô grand jamais… Mais lorsque je suis très seul ou quand, trop cérébral, je peine à jouir, je pense à lui - mon accélérateur - et c’est magique, miraculeux, sa bouche diamantine, le satin de sa peau, la douceur de sa voix, ses doigts interminables, l’étincelle de ses yeux, la discrète moustache qui obombre sa lèvre, son buste interminable et sous son slip de neige sa…bref, mes vannes s’entrouvrent et fuse mon plaisir.

C’est Barnard mon fantasme fait chair, ma réincarnation, le dogme que je vénère quand, dans le sanctuaire… je ne l’ai jamais vu, ce Christ noir, mon Christ en gloire, mais j’en rêve, fruit défendu et si bien gardé au jardin des Délices. Dans l’Eden convoité, le pommier est un baobab et l’orvet tentateur un mâle anaconda. Bref, mon envie compulsive, unique, tyrannique : lui tailler une pipe, que dis-je, une pipe, un calumet, un brûle-gueule, un chibouk à longue tige. Un jour. Une nuit. Un instant d’abandon. Mais puis-je lui avouer alors qu’il sait déjà ? Puis-je lui susurrer que c’est lui, lui seul, mon narguilé géant, ma houka enivrante au long bec rubescent ? Je sais, c’est indécent, plus encore, improbable. Mais je rêve, il faut rêver… ça permet de durer, d’endurer jusqu’au jour… Car un jour, je le sais, par jeu, uniquement par facétie, ou par amitié, par simple empathie, se tenant comme toi à présent, là, exalté, offert au pied du pieu, mon Barnard me dira, en s’amusant, en s’esclaffant, droit dans les yeux : « Sors-la ! ». L’ordre maléfique ! Le commandement suprême ! Je me dois pourtant de désobéir. Il y va de mon amour-propre et de l’honneur de Dieu (qui n’est pas toujours très propre d’ailleurs, surtout à la guerre, à cause naguère de Mgr Dobeliou à Bagdad et de ses aumôniers militaires). Mais, tu me connais, faux-derch comme je suis (parfois), je me récrierai : voyons, mon pote, tu n’y penses pas, je ne suis pas comme ça, nous ne faisons pas partie de la même tribu, chacun sur sa berge, au-delà du grand fleuve, pour toi, la savane paisible peuplée de gazelles, pour moi, la jungle suburbaine grouillante de bonobos, etc. tout plein de platitudes littéraires du même acabit. Mais lui, toujours aussi impavide, lui qui a lu et aimé « Charme et splendeur… » (la faille s’élargit-elle ?) et qui en a fort ri, bref, ce jour-là, il bombera le torse, écartera les jambes un tantinet, posera ses deux mains sur sa croupe puissante, façon de se cambrer de manière avenante, engageante, apéritive, puis Barnard réitérera son ordre, sans broncher, l’humour dans la pupille, la tendresse aux lèvres et le ventre bombé comme un ciboire offert : « Sors-la ! Dépote les bulbes »… (Décidément, il a aimé mes images horticoles, il me cite sans vergogne, la faille, te dis-je, la faille !) Ne rêvons pas.

Si, rêvons, mais plus tard, dans le satin des songes, quand je serai esseulé et que mon beau jardinier… »




Extrait des Oraisons jaculatoires, manuscrit inédit de M. Bellin. En consultation partielle (gratuite) ou en téléchargement intégral (payant) sur la plateforme littéraire de YOUSCRIBE :



30/10/2011

30/10/11 - 16:51

MARGUERITES DU TRANSVAAL



Aujourd’hui pas de mots. Ouf ! Du moins, le moins possible. Juste une image maison : une coupe remplie de gerberas. Et une idée de décoration expérimentée ce week-end sous les doigts inventifs de mon amoureux. Ces fleurs, on le sait, ne tiennent pas longtemps en vase. C’est rageant, non ? Alors, pour les sauver dès qu’elles défaillent, tu leur tranches la tête ! Puis tu les disposes dans une coupe en verre qui miroite dans la douce lumière automnale. Tous ces soleils te font alors de l’œil et t’enchantent pendant une semaine, surtout s’ils sont harmonieusement disposés sur une belle table en teck. Merci, douce nature, qui orne nos jours. Car seule la Beauté enchante la vie.

30/10/11 - 16:50

MARGUERITES DU TRANSVAAL

27/10/2011

27/10/11 - 10:36

CHARME ET SPLENDEUR DES PLANTES D'INTERIEUR